Je n’ai finalement plus honte.

Après deux ans de traitements intensifs suivant ma première sévère dépression, j’ai été diagnostiqué à l’âge de quarante-cinq ans, bipolaire 2 à cycles rapides. Le docteur m’a demandé juste après m’avoir annoncé la nouvelle, comment je me sentais et j’ai répondu que je ne ressentais rien de particulier. Je ne ressentais probablement rien parce que je n’avais aucune connaissance de cette maladie.
Après son explication, il m’a suggéré de faire des recherches sur internet, ce que j’ai fait.
Lentement, mais sûrement, j’ai commencé à développer un sentiment de honte qui a fini par être gigantesque et omniprésent. J’ai subi et vécu avec ce sentiment douloureux, destructif et bien sûr inutile pendant tant d’années.
Maintenant, après huit ans, je peux dire avec fierté que les chaînes de la honte qui me ligotaient, sont finalement disparues.
Apparemment, je vis avec cette maladie depuis l’âge de douze ans, ce qui expliquerait certaines des soi-disant décisions folles et les risques, jugés, inconsidérés, que j’ai pris dans ma vie. J’ai fait de belles et grandes choses comme de mauvaises au long de mon parcours, d’un extrême à l’autre, comme l’on peut s’attendre de la part d’un bipolaire.
Mes amis et ma famille ont jugé plusieurs fois, mes décisions et mes actions insensées. Curieusement, elles n’étaient pas anormales d’après moi et me semblaient tout à fait logiques. J’étais déterminé et rien ne pouvait me faire dérouter, malgré tous les conseils et les avertissements que l’on pouvait me donner.
Je voyais les choses sous un angle différent et, la plupart du temps, ces décisions se sont avérées justes. C’est lors de ces occasions que vous entendez “Il est visionnaire, génie, etc.”. Oui, certaines se sont mal passées, et là vous entendez l’inverse, “je le savais, il est fou” mais dans l’ensemble mon mode de penser “hors des sentiers battus” a bien fonctionné.
En étant différent, vous jetez forcement des pavés dans la mare et vous vous faites des ennemis soit dans votre cadre privé et/ou professionnel. Pour citer Churchill, « Si vous vous êtes fait des ennemis, cela signifie que vous vous êtes battu et avez défendu une cause dans votre vie». On m’a demandé si je devais recommencer, que ferais-je ? Ma réponse fit rapide ; je ferais la même chose.
Appelé ça comme un état maniaque ou ce que vous voulez, l’essentiel est que nous sommes capables d’accomplir, dans n’importe quel domaine, des actes extraordinaires qui dépassent le commun des mortels et des créations que d’autres ne peuvent pas accomplir.
S’il n’y avait pas eu un bipolaire puissant nous ne vivrions pas dans un monde libre. Merci, Sir Winston Churchill.
Churchill n’a pas été pas le seul bipolaire influent ; beaucoup d’autres l’ont été également et ont façonné nos cultures.
Avec tout ça à l’esprit, je suis finalement arrivé à la conclusion que moi aussi j’étais une personne spéciale. La culpabilité a commencé à disparaître, lentement, et j’ai fini par arrêter de me cacher.
Être bipolaire n’est pas une mince affaire, bien au contraire. Il ne s’agit pas seulement des phases maniaques, mais aussi des épisodes dépressifs. Pour moi, les périodes maniaques sont accompagnées d’angoisses et souvent de crises d’angoisse qui sont extrêmement pénibles à vivre, et vous ?
J’ai eu deux rechutes dépressives dangereuses et profondes où j’ai essayé de mettre fin à mes jours cinq fois. Après beaucoup de thérapies et de travail sur moi-même, je suis revenue à la surface. Depuis lors, j’ai eu quelques petits incidents, mais rien de grave. Mon médecin est très vigilant et a trouvé le bon mélange de médicaments qu’il peaufine en fonction de mon état mental.
Pour moi, le plus pénible et épuisant est cette bataille quotidienne constante entre mes anges et mes démons et essayer de contrôler les sauts d’humeur en n’ayant pas la moindre idée de ce qui les déclenche. J’ai noté seulement un “trigger”; il survient lorsque des personnes parlent fort en même temps. C’est un problème, car cela arrive souvent autour d’une table lors d’un repas. Mais sinon, je n’ai aucune idée de ce qui les déclenche.
Maintenant, j’accueille ma maladie au lieu de la rejeter. J’essaie de me concentrer sur le positif que cela m’apporte et de faire attention de ne pas tomber dans “Le côté obscur”. J’ai demandé à mon médecin de me prescrire des médicaments qui ne me priveraient pas de ma personnalité en sachant qu’il y a un risque plus élevé de dériver vers des niveaux élevés de phases maniaques ou dépressives. Le risque en vaut la peine, car je sais que je peux encore atteindre de grands et beaux buts.
Lawrence Illoc

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